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Chronique de Green Blood de masasumi Kakizaki

Auteur d’un tétanisant One-shot horrifique, Hideout et dessinateur d’une série renversante sur le destin de sept jeunes délinquants enfermés dans la même cellule d’une maison de correction dans le Japon dévasté de l’après-guerre, Rainbow, Kakizaki s’essaye aujourd’hui au western, un genre malheureusement mal-aimé des Mangakas, dans son approche réaliste tout du moins, puisque des œuvres comme le récent Arms Peddler, ou encore le cultissime Hokuto No Ken pour ne citer qu’eux, exploite eux à leur manière, sous un angle fantastique, les codes du Western.

Que dire sur Green Blood

Green Blood, quant à lui, joue au contraire la carte du réalisme, ou du moins de la vraisemblance, en encrant son récit dans un contexte historique fort et connu d’un grand nombre de lecteurs, qu’ils soient occidentaux ou japonais, grâce à des œuvres cinématographiques modernes et grand publique qui ont fait de cette époque une période essentielle de l’histoire américaine. Nous sommes à New York, à la fin du 19ème siècle en plein cœur des Five Point, avec ses Gangs, tel que nous l’avons vu dans le film de Scorsese, Gangs of New York. A cela, l’auteur couplera d’ailleurs son trait caractéristique, au réalisme dérangeant, un rythme haletant, une mise en scène épique et des personnages haut en couleur, charismatiques en diable, se livrant corps et âmes dans des affrontements, dont la violence n’a d’égale que leur puissance dramatique. Un cocktail d’enfer qui, espérons-le, tiendra jusqu’au cinquième et dernier tome de cette mini-série.

Tout commence à Manhattan à la fin du 19ème siècle, misère, criminalité et prostitution ravagent le quartier de Five Points, immense ghetto où échouent tous les laissés-pour-compte du rêve américain. La pègre, qui a corrompu les autorités, y fait régner sa loi. Au sein de la marée d’immigrants qui transitent par New York jour après jour, le jeune Luke Burns s’efforce de rester honnête et joue les dockers pour survivre. Il sait, comme tout le monde, que le clan mafieux le plus dangereux de la ville, les Grave Diggers, s’appuie sur des assassins impitoyables pour asseoir son autorité. Mais ce qu’il ignore, c’est que le plus célèbre et le plus redoutable d’entre eux, le Grim Reaper, n’est autre que son frère aîné, Brad…

Une chronique sans aucune concession sur le personnage

Noir et sans concession, ce qui frappe, et déroute même, à la lecture de Green Blood, c’est cette atmosphère étouffante, ultra-violente qui imprègne chaque page et nous envahit peu à peu, jusqu’à ne plus nous quitter, tout au long des trois tomes déjà disponibles de la série. A travers une histoire simple, archétypale même, mais portée par des protagonistes terriblement attachants, l’auteur nous entraîne au cœur d’une Amérique poisseuse, désolée, loin des clichés du rêve américain et où le crime et les meurtres de sang-froid font partis du quotidien. Comme les nombreux immigrés croyant en une vie meilleure aux États-Unis, nos héros au début plein d’espoir, découvrent un lieu gangrené par la misère et la violence et perde vite le peu d’humanité qui leur reste, pour se mettre tous en quête d’une vengeance qui n’engendrera que plus de mort et de désolation.

Et cette épique descente aux enfers ne serait rien sans le trait fin et terriblement précis de l’auteur qui nous avait déjà habitué à cette esthétique hyperréaliste dans ses précédentes œuvres et qui réussit avec brio à nous immerger dans ce New-York cauchemardesque. Ponctuellement quelques planches se révèlent d’une grande beauté, tout en contrastes, la misère et la violence de ce monde structurant une poésie macabre ayant très peu d’équivalence dans les productions modernes. Dès le tome 2, on prend d’ailleurs conscience de la dimension hautement picturale de nombreuses planches riches en détails.

On ressent le trait de Kakizaki

La noirceur du trait de Kakizaki est en parfaite symbiose avec le climat, les cadrages serrés sur les nombreux visages monstrueux qui peuplent le récit oppressent le lecteur, tandis que les débordements de violence et les affrontements en pleine page le dynamisent. Une mise en scène explosive donc qui fait de sordide histoire de vengeance filiale un manga dérangeant mais aussi et surtout prenant et jouissif.

Ainsi, même si le scénario de Green Blood use de tous les poncifs du western, les premiers tomes de la dernière œuvre de Kakizaki savent très bien nous surprendre et nous tiennent en haleine en enchaînant les ressorts narratifs et les séquences d’actions, riches en émotions, véhiculant de grandes valeurs essentielles à tous récits épiques qui se respecte. De quoi vivre encore de grands moments donc dans les tomes à suivre. D’autant que, tome après tome, Green Blood se révèle bien plus riche et complexe qu’il n’y paraît. Si le premier tome convoquait Gangs of New York, le tome deux appelle nombre de westerns Spaghettis et des westerns surréaliste comme Django, tandis que le dernier tiers du tome trois nous promet une chevauchée vengeresse à travers les États-Unis digne des Collines de la terreur de Michael Winner, avec évidemment toujours cette noirceur et cette excessivité propre aux mangas. C’est ça Green Blood !

Published in Jeux vidéo

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